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Dimanche 15 mars 2009

Nous prenons contact avec dans ces lectures deux piliers de la 1re Alliance : la Loi et le Temple, il y a d’autres piliers tout aussi importants comme la Promesse, liée à la terre.
« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, de la maison d'esclavage. Tu n'auras pas d'autres dieux que moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en-bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte. » Ainsi commence la Loi, par le rappel de la libération, (Dieu t’a fait sortir de l’Egypte, c'est à dire de l’esclavage, nous pouvons nous souvenir de ce que Dieu a déjà libéré en nous pour entrer dans la confiance en son action aujourd'hui). Puis vient l’annonce de l’unicité de Dieu : « tu n’auras pas d’autres dieux que moi, tu ne feras aucune idole », c'est à dire : il n’y a qu’un Dieu, la multiplicité des dieux est une fabrication humaine, et le vrai Dieu ne se fabrique pas, il se révèle lui-même dans une Alliance, un mystère d’amour, le danger qui nous guette sans cesse est celui des idoles, ou plutôt du mécanisme de l’idolâtrie : le fait de se fabriquer un dieu.
« Quasi mécaniquement, le collectif fabrique des dieux, disait Bergson. L'anthropologie enseigne que les religions archaïques, polythéistes, les inventèrent et les modelèrent autrefois au moyen de la violence et des sacrifices, humains en particulier. Le mécanisme de l'apothéose, par exemple, consiste à diviniser un empereur mort : les dieux naissent des cadavres et des meurtres. Les monothéismes recommandent d'arrêter les sacrifices humains. »(M.Serres ;Etudes-01-2004)
C’était la 1re lecture de la semaine dernière, l’épisode du mont Moriah.
Voyons maintenant comment ceci s’articule, aujourd'hui, avec l’image. Car dans ce premier verset essentiel de la Loi sont liés la multiplicité des dieux et l’idole et l’image.
« Aujourd'hui c’est la télé qui prend le relais et montre, à toute heure du jour, à des millions de spectateurs, meurtres et violences. Celle-ci fait l’essentiel du message et de l’image. Sans terreur et pitié, pas de spectateurs, ils ne sont pas attirés ! Ces spectacles reprennent les rites archaïques avec une étonnante précision.  Nos sociétés se sont converties à cette violence productrice de dieux, de mythes et de tabous, et elles s’en prennent du coup à tout ce qui détruit les statues qu’elles sculptent, c'est à dire le Christianisme. » (Serres)
Méfions-nous donc des images. Dans ce premier verset de la Loi, il est ensuite question du culte : « Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte.» Devant quoi alors allons-nous nous prosterner, devant quelle image ? Devant la Croix : « nous, nous proclamons un Messie crucifié » (2° lecture), nous nous prosternons devant la vraie image de Dieu : son Fils, et son Fils crucifié, c'est à dire dans son acte d’amour pour nous, nous lui rendons un culte, car c’est pour nous arracher aux ténèbres qu’il livre sa vie. C’est ainsi qu’il nous faut maintenant parler du Temple, car le culte est rendu dans le Temple. Il faut croire que le sujet intéresse toujours aujourd'hui puisque l’on trouve un total d'environ 21 700 000 pages en français pour temple sur le net, presque autant que la voiture (30 100 000) et beaucoup plus que la charité (1 740 000) !

Dans le Temple de Jérusalem avait lieu le culte du vrai Dieu, cependant c’est dans le cœur des fidèles que se joue et que se noue la relation avec Dieu, dans une relation « sponsale » : « Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde » (Os 2,21). L’attitude des disciples par rapport au Temple n’est pas dénuée d’ambiguïté (Mc13,2): Ah ces pierres !...C’est grandiose !... « Il n’en restera pas pierre sur pierre » !! Dans le journal La Croix cette semaine il y a  un dossier sur le Mexique, qui regorge de temples en ruines : « Que cherchons-nous, visiteurs intimidés, touristes ébahis, dans les ruines de ce Mexique d’avant le Mexique ? Jean-Claude Carrière le dit : « Nous voudrions savoir ce qui en fit la force et en fit la faiblesse. Il en est toujours ainsi avec les ruines : nous y cherchons ce qui pourrait nous rendre plus forts, et ce qui pourrait nous détruire. » (Dans La Croix de ce jeudi)dans les ruines du Temple, et dans sa splendeur, que cherchaient les disciples sinon cela. Rêves de grandeur, peur de la déchéance, mais la force et la faiblesse, elles sont dans le corps du Christ !  Approché dans l’Eucharistie et à travers l’Eglise. « Ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme. » (2° lecture) Nous avons besoin d’un temple, d’un lieu pour nous rassembler, mais quel est le lieu véritable de la rencontre ?

Jésus met à mal en tout cas le signe du Temple : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ambiguïté de ce qui se passe dans et autour du Temple, nous sommes avec cet épisode sur l’esplanade du Temple où se sont peu à peu installé les vendeurs des animaux qui étaient offert en sacrifice par les pèlerins qui en arrivant à Jérusalem achetaient ces animaux. Les vendeurs se sont rapprochés au maximum du temple, avant ils se trouvaient avant dans la vallée du Cédron et sur les pentes du mont des Oliviers, mais là bien sûr c’est plus commode ! De même pour les changeurs : là on changeait la monnaie de l’empereur indigne de figurer à la « quête » pour de la monnaie d’Israël.
Jésus le met à mal surtout par cette autre parole qui nous est rapportée :« Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai ! » Détruisez ce temple, n’a-t-on pas besoin d’un lieu ? …Jésus parle et les gens ne comprennent pas. Il est sur un autre plan et ne semble pas s’embarrasser de donner beaucoup d’explications, à nous d’entrer par la porte étroite. Cela met en tout cas en évidence le malentendu et l’abîme entre l’homme et Dieu. Heureusement  Jean nous explique : « le Temple dont il parlait, c’était son corps ». Dieu est le tout autre…Il parlait de lui ! Et aussi de nous ! Car il a fait sa demeure en nous ! Nous sommes alors son temple. « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous» (1 Co 3,16) Il y a  là une espérance : quand ces temples seront détruits, il les relèvera comme il s’est relevé. Et dès maintenant, en carême ce temple est détruit pour que nous devenions vraiment ce que nous sommes : la demeure de Dieu. Dieu déconstruit nos défenses, nos barrages, nos murs, les fausses constructions, les fausses images de nous-mêmes, des autres, de Dieu, autant d’idoles, pour que nous soyons vraiment à son image. Nous sommes temple, dans le Christ. Et comme pour le Christ, ce temple est détruit et relevé. C’est le baptême, encore et toujours : être plongé dans la vie du Christ. Nous pouvons demander la grâce de prendre conscience de la présence de Dieu en nous dans le mystère sponsal : Dieu vit en nous dans un mystère d’Alliance.

Au niveau collectif maintenant les chrétiens sont le Temple non fait de main d’homme, le Christ est la pierre rejetée par les hommes, et les chrétiens sont les pierres vivantes qui constituent un édifice spirituel, un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels.
Ce temple spirituel c’est l’Eglise, corps du Christ, Temple du Saint Esprit. Si l’Eglise est corps du Christ, elle est le lieu de la rencontre avec Dieu. Le lieu de la Parole. Ce Corps se construit dans l’Eucharistie, dans le partage, partage des ressources envers les plus pauvres, partage de la parole entre les membres du corps, merci à toutes celles et tous ceux qui ont partagé autour de la lettre pastorale de notre évêque, à ceux qui s’assoient autour d’une table pour préparer par exemple le dimanche  « autrement » que nous avons vécu la semaine dernière.

Tous nous recevons son Corps et nous devenons réellement son Corps. Ainsi se réalise le mystère sponsal que tous deviennent un seul corps et un seul esprit dans le Christ. (Benoît XVI) .

   
fr. Nathanaël

Par les paroissiens - Publié dans : Homélies
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